Agroalimentaire,
cosmétiques, industrie pharmaceutique, agriculture, textile sont
quelques-uns des secteurs d'activité à avoir recours aux algues.
Filière traditionnelle du Finistère, l'algue est au carrefour de
nombreux marchés. Suivant les secteurs d'activité, sa percée demeure
variable et des efforts de recherches restent à réaliser. Mais sur de
nombreuses niches, la haute technicité laisse l'espoir d'un
développement futur. En cosmétique, le marché s'est élargi. En
revanche, l'algue alimentaire peine à s'imposer dans les assiettes. Et
la question de la durabilité de la ressource se pose alors que les
industriels commencent à importer des algues d'Asie.
Margarines
allégées, confiseries, préparations de sauces, crèmes glacées, nappages
de pâtisseries, pansements pharmaceutiques, cosmétiques, pâtes
alimentaires, empreintes dentaires, intrants agricoles... Les algues
sont partout. Elles sont même utilisées dans le secteur du textile,
pour fixer les impressions. Concentrée en Bretagne, cette filière
traditionnelle du Finistère recouvre de nombreux métiers. La vague des
cosmétiques marins occupe plus d'une centaine de PME dans la région.
Utilisés par les spa et les thalassothérapies, les actifs marins se
sont progressivement étendus au marché des particuliers. Des
entreprises comme Sciences et Mer au Relecq-Kerhuon, Agrimer à
Plouguerneau ou Lessonia à Landerneau collaborent ainsi avec de grands
noms de la beauté français et étrangers.
Deux grands alginatiers en Finistère
C'est
aussi en Finistère que l'on trouve les deux grands alginatiers français
: Cargill à Lannilis et Danisco à Landerneau. À partir des laminaires,
ils alimentent l'industrie en texturant et en épaississant. Car les
"laminaria digitata" et "hyperboréa" que l'on trouve au fonds de la mer
d'Iroise ont des vertus gélifiantes. Erick Marec directeur de Danisco
évalue à 10 % la part de la production bretonne sur ce marché mondial
de niche, pour l'agroalimentaire et l'industrie pharmaceutique.
40.000 à 70.000 tonnes
En
Finistère, 48 bateaux goémoniers, les « scoubidous », entortillent les
laminaires autour d'un crochet surmonté d'un bras hydraulique. Ils
arpentent les côtes finistériennes et sillonnent l'archipel de Molène.
Chaque année, 40.000 à 70.000 tonnes d'algues sont extraites. La
période de pêche, de mai à octobre, donne lieu à d'intenses
négociations entre les pêcheurs, les industriels et l'Ifremer chargée
de contrôler la pérennité de la ressource.
Mer d'Iroise : les conditions favorables
Les
professionnels ne sont pas les seuls à la ponctionner. La "cueillette
sauvage" sur l'estran les jours de grande marée est encore usuelle. Les
particuliers l'étendent dans leur jardin pour enrichir la terre. Des
industriels comme Goëmar à Saint-Malo ou Agrimer à Plouguerneau se sont
inspirés de cette recette de grand-mère très ancienne pour créer des
biostimulants foliaires à base d'algues. Ils servent à fabriquer des
engrais liquides pulvérisés par exemple sur les arbres fruitiers ou les
vignes. Leur absorption aide les plantes à lutter contre le stress des
variations de température. C'est justement ce stress généré par le
marnage, les courants et la loupe d'eau froide en mer d'Iroise qui fait
la richesse de l'algue en Bretagne. On évalue à 800 le nombre d'espèces
sur les côtes bretonnes. Une partie des entreprises finistérienne a
recours à des courtiers, ces particuliers en général à la retraite,
chargés de trouver « les bons coins ».
De plus en plus d'importation
Mais
certaines sociétés se plaignent de la raréfaction de la ressource.
Notamment dans l'algue alimentaire. La question de l'algoculture
commence à faire surface. Qualité, prix, quantité, incitent les
industriels à importer des algues de Chine et du Japon. La filière
asiatique n'a rien de comparable avec la nôtre. Même si la qualité,
notamment des algues chinoises est variable. « En France, l'algue est à
l'âge de pierre », estime Christine Le Tennier, directrice de Globe
Export à Rosporden, l'une des pionnières de l'algue alimentaire en
France. « Au Japon, il est courant de faire des repas entier avec des
algues ». Malgré sa richesse nutritive, celle-ci peine à s'imposer dans
les assiettes. Une question de culture, de marketing et de
structuration d'une filière au carrefour de nombreux marchés. Activité
typique du Finistère, l'algue cherche encore des débouchés et une
reconnaissance dans l'Hexagone et ailleurs.
(c) Armelle Gegaden - Le Journal des Entreprises