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Apprendre à se soigner soi-même

Automedic_1 Un rapport remis mercredi au ministre de la santé prône le développement de l'automédication. Une pratique répandue en Allemagne et en Grande-Bretagne.

Parmi les Européens, les Français sont ceux qui ont le moins souvent recours à l'automédication. En 2005, ils ont dépensé 26 euros par personne pour se soigner sans consulter un médecin contre 40 euros pour les Anglais et les Italiens et 60 euros pour les Allemands. Est-ce un défaut ? Faut-il modifier cette tendance ? Ce mauvais classement au sein de l'Europe est en tout cas l'un des constats avancés dans le rapport consacré aux " Perspectives d'évolution de l'automédication en France " qui sera remis mercredi 10 janvier au ministre de la santé, Xavier Bertrand.

(c) Le Monde, par Sandrine Blanchard avec Cécile Calla (Berlin) et Jean-Pierre Langellier (Londres)

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Objectif : inciter les Français à se rendre directement à la pharmacie pour soigner leurs maux quotidiens (rhume, mal de tête, troubles digestifs, fièvre légère, etc.) en utilisant des médicaments qui ne nécessitent pas une prescription médicale et qui ne leur seront pas remboursés.

" L'automédication est actuellement un marché anarchique et peu lisible, il s'agit de l'ordonner et le sécuriser ", fait valoir Alain Coulomb, ancien directeur de la Haute Autorité de santé (HAS), coauteur du rapport demandé par le ministère. En France, rien ne concourt au développement de l'automédication - à ne pas confondre avec le fait de piocher dans son armoire à pharmacie des produits anciennement prescrits.

" L'immense majorité " des médicaments à prescription facultative sont remboursables, note le rapport. Il constate aussi que le recours à la consultation chez le médecin pour des pathologies bénignes est quasi " systématique " et que les Français ont le sentiment bien ancré que prescription et remboursement riment avec efficacité. Dans la droite ligne de la réforme de l'assurance maladie, c'est une nouvelle fois au nom de la " responsabilisation " du patient et des " changements de comportements " que l'automédication est appelée à prendre son essor.

En Allemagne, les patients sont devenus adeptes de cette pratique, contraints et forcés. Depuis la réforme de leur système de santé en janvier 2004, ils doivent acquitter un " abonnement " de 10 euros par trimestre pour se rendre chez le médecin et les médicaments accessibles sans ordonnance (parmi lesquels l'aspirine et le paracétamol) ne sont plus du tout remboursés.

En Grande-Bretagne, un coup d'oeil dans une grande pharmacie suffit pour comprendre la place croissante de l'automédication dans les pratiques des Anglais : les rayons où s'entassent les médicaments vendus librement sont deux fois plus vastes que ceux délivrés sous ordonnance. Les clients peuvent trouver sur les linéaires le remède de leur choix pour tout ce qui concerne les maladies bénignes ou récurrentes : fièvre, rhumes, fatigues, ennuis gastriques ou intestinaux, allergies, etc. Cette liberté d'accès permet aux acheteurs de consulter le mode d'emploi et la composition des médicaments et de comparer leurs prix. En outre, pour contenir les dépenses de santé et en transférer une partie sur le consommateur, le gouvernement britannique a modifié en 1998 la classification des médicaments. Une vingtaine, souvent utilisés, sont devenus accessibles sans ordonnance et représentent désormais un tiers des dépenses pharmaceutiques.

Le rapport d'Alain Coulomb et du professeur Alain Baumelou, dévoilé le 27 décembre par Le Figaro, s'inspire en partie de ces exemples européens. Ainsi, il préconise " un déremboursement homogène et cohérent de certaines classes thérapeutiques ", l'abandon de la notion " mal comprise et péjorative " de médicaments à service médical insuffisant au profit de celle de médicaments " non prioritaires " et l'expérimentation d'un " accès direct " aux médicaments dans les pharmacies.

Cette dernière proposition réjouit l'Association française de l'industrie pharmaceutique pour une automédication responsable (Afipa). " Améliorer l'accès aux médicaments dans l'officine - c'est-à-dire qu'ils ne soient pas tous derrière le comptoir - est un élément très important pour créer une autre relation aux produits ", souligne son président, Eric Maillard.

Pour faciliter le marché de l'automédication, la coexistence au sein d'une même classe thérapeutique de produits remboursés et d'autres qui ne le sont pas doit cesser, selon le rapport. Ainsi, 83 % du chiffre d'affaires des médicaments contre la fièvre sont réalisés grâce à ceux qui sont remboursables. En outre, pointe le rapport, il serait nécessaire d'améliorer la rédaction des notices, d'adapter la taille des conditionnements (à des traitements de courte durée), de créer un site Internet consacré à l'automédication. Il faudrait surtout éviter une envolée des prix comme celle constatée après les récentes vagues de déremboursement. " Certains industriels sont prêts à relever le pari ", assure M. Coulomb.

En dehors du gisement d'économies pour l'assurance maladie, difficile de mesurer l'intérêt de l'automédication pour le patient. Le professeur Baumelou avance le " gain de temps " et le problème de la démographie médicale qui nécessitera, dans les années à venir, de désengorger les cabinets médicaux des petits maux quotidiens.

Sandrine Blanchard avec Cécile Calla (Berlin) et Jean-Pierre Langellier (Londres)

© Le Monde

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