Maintenir les 35 heures en les remettant en cause...
En quelques mots précis, Pierre-Luc Séguillon met le doigt sur les incohérences du mode de "réforme" de nos élites politiques actuelles (droite et gauche confondues). A propos de la loi TEPA, le "cadeau fiscal", hors de savoir si elle est "efficace" ou pas :
On peut se demander s’il était opportun d’accorder des allègements de charges aux entreprises pour contourner le problème des trente cinq heures en rendant attrayant l’usage des heures supplémentaires - tout en continuant à leur accorder des allègements pour la mise en œuvre des trente cinq heures. Ce qui revient paradoxalement à aider deux fois les entreprises pour maintenir théoriquement les trente-cinq heures et néanmoins pour pratiquement les remettre en cause.
Le 20 mai, Pierre-Luc Séguillon en remet une couche...
35 heures: le piège !
Les dissonances au sujet des trente cinq heures entre Patrick Devedjian, secrétaire général de l’UMP, qui a appelé à la fin de la durée légale du travail, Jean-Pierre Raffarin qui a martelé qu’on ne devait pas toucher à la durée légale du travail et Xavier Bertrand qui a recadré les uns et les autres… ces dissonances sont le fruit de la contradiction dans laquelle est désormais enfermée la droite.
La requête de Patrick Devedjian est en effet parfaitement logique d’un point de vue théorique . La droite n’a cessé de combattre les trente-cinq heures, instaurées par le gouvernement Jospin et qualifiées par le député UMP Frédéric Lefebvre comme « la plus grave erreur économique qui ait été jamais commise en France ». Cette demande est également logique d’un point de vue politique. Nicolas Sarkozy prétend en effet hâter les réformes et la libéralisation de l’économie et cherche visiblement à se positionner dans un rapport de forces droite gauche.
Mais cette demande est, dans la pratique, quasiment irréalisable sauf à remettre en cause le dispositif des heures supplémentaires dont Nicolas Sarkozy a fait la mesure phare de son « travailler plus pour gagner plus ! » Que s’est-il passé dans la réalité en effet ? Paradoxalement c’est la droite qui a généralisé les trente-cinq heures pour que toutes les entreprises y compris les PME obéissent à la même durée légale.
L’Etat continue donc aujourd’hui à alléger les charges des entreprises pour favoriser le passage aux trente-cinq heures. Soit un coût évalué pour les Finances publiques de 10 à 15 milliards d’euros. Dans le même temps, la droite a institué le système des heures supplémentaires défiscalisés et détaxées afin d’encourager les salariés à travailler davantage. Le coût supplémentaire pour l’Etat est de quelque 5 milliards d’euros.
Nous arrivons donc à cette situation ubuesque : dans les faits, c’est la droite qui a généralisé les trente-cinq heures. Elle continue de les financer mais finance également leur contournement ! Le nombre d’heures supplémentaires en est d’autant accru. Ce qui est avéré. Mais le nombre d’heures travaillées demeure stable ce qui est également prouvé.
On marche donc sur la tête. Toutefois revenir sur cette situation absurde serait remettre en cause les allègements de charges accordées aux entreprises et mettre en péril le dispositif des heures supplémentaires. Ce serait donc pour la droite risquer de s’attirer les foudres des entreprises et du Medef qui entend conserver les avantages des allègements de charge qui abaissent le coup du travail, des salariés qui n’entendent pas perdre le bénéfice d’heures supplémentaires payées plus chères et néanmoins défiscalisée, et des organisations syndicales qui récusent toute abolition de la durée légale du temps de travail. Cela fait beaucoup pour un seul gouvernement !


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