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L'écologie urbaine : une discipline encore toute neuve

EtourneaugdelveauxLe Figaro, Rennes, Nathalie Bougeard

Créée il y a une trentaine d'années dans les pays anglo-saxons, l'écologie urbaine est spécialisée dans l'étude de l'impact de l'urbanisation sur la biodiversité. Cette discipline n'a pas encore percé en France. Lancé à Rennes en 2003 pour dix ans, le programme de recherche Ecorurb (Ecologie du rural vers l'urbain), est donc une première dans notre pays.

«L'étude de la ville a surtout été investie jusqu'ici par les sociologues», relève Philippe Clergeau, coordonnateur d'Ecorurb et spécialiste des étourneaux (des centaines de milliers d'individus envahissent la campagne et les villes bretonnes entre octobre et mars). Le programme, qui regroupe une vingtaine chercheurs de l'Inra, du CNRS et des deux universités de Rennes, est pluridisciplinaire. Axé sur des observations autant que sur des expérimentations, il associe biologistes, écologues et climatologues .

Douze sites verts d'environ un hectare ont été déterminés selon un gradient ville-campagne bien défini, allant du parc du Thabor (un vaste jardin public du centre-ville) à la campagne plus bocagère de Betton, commune limitrophe de Rennes, en passant par des lotissements des quartiers périphériques. «Nous étudions l'évolution de ces zones dans le temps, sachant que plusieurs d'entre elles vont subir des perturbations comme la construction d'une zone d'aménagement concerté ou encore d'une route», explique Philippe Clergeau. Mais au-delà de ce volet d'observation et d'inventaire, Ecorurb veut apporter des réponses plus globales. «La biodiversité est menacée par les changements d'usages des terres dus par exemple à l'urbanisation ou à l'intensification de l'agriculture. Nos travaux vont permettre d'approfondir le rôle des reliquats de nature dans une trame urbaine, de mesurer les réactions des communautés végétales ou animales lorsqu'elles sont perturbées ou encore de déterminer celles qui peuvent se maintenir et à partir de quels critères», complète Alain Butet, écologue au CNRS.

Ainsi, Solène Croci, doctorante à l'Inra, a-t-elle recensé 54 espèces de carabes sur l'ensemble du gradient. «Neuf d'entre elles sont absentes du centre urbain. Nous voulons maintenant savoir si ce sont des spécificités de paysages ou des caractéristiques biologiques des animaux qui expliquent cela», annonce-t-elle.

Même démarche pour les petits mammifères : mulots et autres campagnols sont très peu présents dans les centres urbains. Est-ce le bitume qui rend la ville inaccessible, le bruit qui les chasse ou encore les différences de température ? En effet, il n'est pas question pour Ecorurb de se priver de la climatologie. Selon la même logique du gradient ville-campagne, seize stations météo ont été installées. «La nuit, l'écart moyen entre le centre-ville et une zone périurbaine est de deux degrés mais, vers trois heures du matin, il atteint jusqu'à 4 °C, sans compter l'écart record de 7 °C observé une nuit de septembre 2003», précise Vincent Dubreuil, géographe à l'université Rennes-II.

Autre élément du dispositif, les sols stérilisés sur cinq parcelles de 300 mètres carrés. «Il s'agit d'étudier les phénomènes de colonisation avec notamment l'ordre d'arrivée des espèces et leurs stratégies de reproduction et de croissance», précise Vincent Pélissier, thésard en écologie végétale. Innovant, Ecorurb est soutenu par la Ville de Rennes, très intéressée par les travaux de ces chercheurs. Il est vrai que certaines zones du centre-ville sont régulièrement envahies par les étourneaux et que les services techniques ne savent pas les chasser. «Les étourneaux recherchent la chaleur et se nourrissent d'insectes. En croisant les données sur ces trois thèmes, nous serons capables d'élaborer les meilleures stratégies pour les éloigner», conclut Philippe Clergeau.

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