Comme je suis convaincu que Sarkozy ne changera rien, je n'aperçois pas la réforme à l'horizon - mais je suis partial. Tout le monde nous dit qu'elles se font. Même les opposants ont l'air de laisser entendre que Sarkozy et Fillon réforment. Alors, je me suis mis à la recherche des réformes en question.
Passée inaperçue pour cause de scandale Société Générale, une interview de Fillon dans le Financial Times. On peut se dire que François Fillon s'adressant au monde de la finance internationale pourrait laisser tomber la langue de bois. L'AFP nous dit qu'il y "vante ses réformes pour protéger la croissance en 2008". En allant à la source (lire ici), on constate la limite des choses. Grosso modo, Fillon explique que "contrairement à l'habitude, aucun engagement [budgétaire] déraisonnable n'a été pris dans l'année présidentielle", que les augmentations de dépenses publiques ont été limitées, et que "des négociations sont en cours". "There is a long way to go. But we have started, " nous dit Fillon. Il continue en expliquant qu'il a mis en route un audit de "tout ce qui ne va pas," et qu'en 2008
"we are going to propose restructurings." Il va proposer des réformes, que Sarkozy aura le loisir de ne pas accepter, en s'appuyant sur ses députés. Dans la même veine, nous comprenons ces jours-ci que le rapport Attali va être "étudié," et qu'on mettra en application certaines propositions, le moment venu. Pas de précipitation, des intentions, la base d'une méthode. Et...? A moins que j'aie raté un épisode.
A propos de la méthode, examinons ces fameuses négociations. Autour de l'agitation sur les régimes sociaux et la réforme du marché du travail, on a beaucoup "négocié", et on nous a dit que la CGT était devenue raisonnable. A entendre les politiques, et beaucoup de journalistes radio/TV (mais pas tous), tout ça est nouveau (parait il), et cette réforme est une avancée. Voyons ça, de quoi parle t'on ? En s'arrêtant sur le détail, on constate... pas grand chose. Résumons : on a ajusté les règles pour reflèter des pratiques déjà en cours entre patrons et salariés (sur les licenciements négociés), on a inventé des contrats flexibles pour cadres qui n'ont pas de problèmes à trouver du boulot (à la limite des contrats de travail temporaire, qui existent déjà) et on a créé quelques filets/outils de protection sociale bienvenus mais (sans doute) pas très bien financés. Tout ça pour ça ? Pas idiot, mais pas révolutionnaire non plus, loin s'en faut. C'est ça que Fillon appelle des réformes ? C'est avec ça qu'il va "protéger la croissance en 2008" ?
Il ne fallait pas lui faire de procès d'intention. Suffisamment de temps a passé. Maintenant Sarkozy, le grand ordonnateur, serait bien inspiré (pour lui et pour le pays) de faire ce qu'il a promis. Vraiment. Allez, mettons qu'à la fin de 2008, on pourra refaire le point avec Fillon...